1977
C'est donc cette année que Nintendo entre dans l'industrie du jeu vidéo avec le Color TV Game 6, ainsi nommé parce que cette console permet de jouer à 6 variantes d'un jeu de tennis similaire à Pong. Le système se vend à des millions d'exemplaires, c'est un succès éclatant au Japon, et Hiroshi est conforté dans son intuition. C'est aussi en 1977 que Shigeru Miyamoto entre chez Nintendo, cet homme étant appelé un peu plus tard à apporter à Nintendo un autre gros succès (nous y reviendrons).
En 1978, le Color TV Game 6 est suivi du Color TV Game 15, version plus évoluée qui se vend à 1 millions d'exemplaires. La même année, les ingénieurs de Nintendo créent deux autres jeux vidéo (des consoles simplifiées qui ne jouent qu'un jeu) qui rapportent aussi de substantiels bénéfices.
A cette époque, les calculatrices électroniques et les montres à quartz e démocratisent (elles sont de moins en moins chères et de moins en moins encombrantes) et deviennent l'objet que tout le monde se doit de posséder, et Gunpei Yokoi imagine qu'un jeu situé à la frontière entre le jeu vidéo et ces deux produits en vogue pourrait avoir du succès. De nouveau, il pique chez Sharp les composants électroniques nécessaires à l'élaboration de son prototype, et crée un petit jeu portable de la taille d'une calculatrice, utilisant un écran LCD (cristaux liquides), qu'il baptise Game&Watch.
A partir de 1980, Nintendo commercialise les premiers Game&Watch, qui, partant du concept imaginé par Yokoi, se déclinent en de très nombreuses variantes, ayant toutes en commun de proposer, en plus d'un jeu, toutes les fonctions d'une montre : heure, alarme, chronomètre.
Parachute, un Game&Watch
Les Game&Watch, inutile de vous le préciser si vous avez connu leur époque, s'arrachent à des millions d'exemplaires. Leur autonomie interminable (cheval de bataille de Yokoi), leur fonctions de montre, leur encombrement minimal en font le meilleur ami des enfants, même s'ils se limitent le plus souvent, contrairement aux prévisions de Nintendo, à l'acquisition d'un seul Game&Watch, qu'ils ne considèrent pas comme des objets consommables en dépit de leur prix modique.
Le succès mondial des Game&Watch est tel que Nintendo ouvre une filiale américaine nommée Nintendo of America, chargée dans un premier temps de distribuer aux USA les produits Nintendo, mais qui, par la suite, développera ses propres produits.
Pour la seul et unique fois de son histoire, Nintendo commet à l'occasion de la sortie des Game&Watch l'erreur de ne pas en déposer le concept. Ceci aboutit à la sortie d'un nombre incalculable de jeux comparables crées et distribués par d'autres compagnies asiatiques, tous moins chers que les Game&Watch, évidemment, et pas forcément moins bons. Cela ne nuit guère toutefois aux profits engendrés par Nintendo.
A la même époque, Yamauchi exprime le désir de voir sa compagnie jouer un rôle dans le développement de l'industrie des jeux d'arcades, et met ses ingénieurs à l'étude. Ceux-ci créent dans un premier temps des jeux tels que Hellfire, sky Skipper ou Sheriff, pour la plupart des shoot'em'up simplistes, mais les choses vont rapidement changer avec l'œuvre de Shigeru Miyamoto. Après avoir été appelé pour parfaire un jeu nommé Radarscope, dont il se désintéresse rapidement, Miyamoto conçoit, avec l'aide de Gunpei Yokoi, Donkey Kong.
Shigeru Miyamoto
Chez Nintendo, peu de gens croient en l'avenir de ce jeu, dans lequel le joueur incarne un simple charpentier rondouillard, plutôt qu'un valeureux héros futuriste. Pourtant, le jeu, sorti en 1980, va connaître le succès mondial que l'on sait dès son apparition, avec 65000 unités vendues rien qu'aux USA (ce qui est plus que les ventes de Street Fighter 2 tous continents confondus, dans un autre contexte il est vrai).
La borne d'arcade Donkey Kong
Donkey Kong rapporte de l'argent à Nintendo dans sa version arcade bien sur, mais aussi sous forme de Game&Watch, et par des licences d'adaptations sur console que Nintendo fait payer très cher à ceux qui veulent les acquérir (Atari, Coleco)
On raconte même que plusieurs employés de chez Nintendo, déshonorés d'avoir prédit l'échec du jeu et de s'être trompés, donnent peu après la sortie du jeu leur démission (le hara-kiri de l'ère capitaliste !)
En 1981, on commence chez Nintendo à penser à sortir une console de jeu beaucoup plus évoluée que les Color TV Games, qui utiliserait des cartouches sur lesquels seraient stockés différents jeux. A l'époque, des systèmes comparables sont déjà produits, ou sont à l'étude au Japon, par des marques telles que Takara, Bandai et Sharp. Bien sur, Hiroshi Yamauchi est conscient que les leaders Américains du marché, Atari et Mattel, ne cèderont pas leur place facilement, mais l'Atari VCS est déjà en perte de vitesse, et la Mattel Intellivision est trop chère, ce qui laisse une ouverture pour Nintendo : le prix de la console ne doit pas excéder 9800 yens (soit environ 75$).
La console ainsi produite sera bien sur la Famicom, ou Nintendo Entertainment System.
La Famicom / NES
En 1980, les jeux vidéo rapportent dans leur ensemble 330 millions de $. En 1981, ils rapportent 464 millions de dollars, en 1982 un milliard, et en 1983 3,2 milliards. Les années qui suivent cette apogée marquent un déclin progressif, qui va aboutir à un véritable crash en 1985-86, à l'occasion duquel des compagnies prestigieuses feront faillite (Coleco), se retireront du marché du jeu vidéo (MB, Mattel), ou seront obligé de se reconvertir dans la micro-informatique (Atari, Philips), nouveau secteur porteur.
En 1982, la suite de Donkey Kong, Donkey Kong Jr., sort en jeu d'arcade, et se vend à 30000 exemplaires. Les studios Universal attaquent Nintendo et Coleco (qui possède les droits du jeu sur console), pour l'utilisation du nom Kong, qui vient du film King Kong. Coleco coopère, en versant 3% des ses gains sur les ventes du jeu à Universal, mais Nintendo ne veut rien entendre, et sa lance dans une contre-attaque juridique qui finira par être victorieuse, le tribunal les dispensant de verser des royalties. Inutile de dire que Coleco, à l'issue de ce procès, cesse immédiatement de payer.
1983 - 1989 : La Famicom règne sur le monde.
On entre ici dans la portion la plus glorieuse de l'histoire de Nintendo, celle ou la compagnie va posséder plus de 90% des parts de marché du jeu vidéo, profitant il est vrai de l'absence de toute vraie concurrence, les autres géants du genre s'étant effondrés.
1983
Nintendo ouvre de nouvelles usines à Uji City, et Nintendo of America ouvre une filiale nommée Nintendo Entertainment Centres à Vancouver (Canada). Le capital de Nitendo of America atteint 10 millions de dollars, et Nintendo atteint les premiers rangs du Tokyo Stock Exchange. C'est dans ce contexte de prospérité que la compagnie lance la Famicom (Family Computer), une console qui va se vendre contre toute attente à 500000 exemplaires en 2 mois au Japon. La Famicom n'a aucune concurrente, et ne coûte vraiment pas cher. Elle ne rapporte en elle-même que peu de bénéfice, mais Nintendo mise sur les jeux, inventant là la tactique qui est devenu le standard marketing absolu pour le lancement d'une console de jeu.
Après quelques mois d'exploitation fructueuse au Japon, marquées tout de même par un petit incident technique qui nécessite le retour de presque tous les exemplaires vendus pour changer un composant défectueux, Nintendo envisage de lancer la Famicom aux Etats-Unis.
Là encore, Nintendo va faire preuve d'une certaine forme de génie dans la façon dont le lancement de la console, quasi-suicidaire au vu des ventes de la concurrence, va être préparé.
En 1984, le marché des consoles de jeu aux USA est au plus bas. Les jeux Atari sont vendus dix fois moins cher que trois ans auparavant, Mattel et Coleco ont jeté l'éponge, et tout le monde ne parle plus que de micro-ordinateurs, les consoles étant considérées comme un produit du passé. Ce marasme, Yamauchi le voit comme un terrain vierge, dénué de concurrence.
La première mesure innovatrice prise par Nintendo à l'occasion du lancement de la NES (nouveau nom de la Famicom, mieux adapté au marché Americain) est la fameux " label de qualité Nintendo ". Aucun jeu pour NES n'a le droit de s'en passer. Cela signifie que Nintendo contrôle totalement son parc de jeux. Là où Atari avait vu la carrière de la VCS gangrenée peu à peu par la sortie de jeux nuls très difficile à discerner des bons pour l'utilisateur, Nintendo se donne les moyens de garantir à ce dernier qu'il en aura pour son argent. Ce n'est pas tout : L'obtention du label Nintendo se fait sous certaines conditions, dont la plus importante est l'interdiction pour le développeur d'adapter le jeu sur tout autre système. C'est ainsi que Nintendo, qui n'a déjà guère de concurrent, peut asseoir encore plus son monopole en squattant tous les bons titres, dont les licences seront monnayées facilement grâce aux finances démesurées de la compagnie.
Castlevania et Bubble Bobble, deux jeux NES qui ont le label Nintendo.
A la voracité, Nintendo ajoute une forme d'hypocrisie, en faisant appel dans un premier temps à Atari pour distribuer la NES aux states, où Nintendo est encore insuffisamment implanté. Avant de précipiter Atari vers le gouffre, servons nous-en !
Le deal ne se fera toutefois pas, à cause d'une histoire stupide qui reflète bien l'état d'esprit qui règne dans les coulisses du jeu vidéo : A l'occasion de la sortie de la console Colecovision, Coleco a acheté à Nintendo les droits de Donkey Kong pour une adaptation sur cette console, le contrat excluant tout autre système. En 1984, alors que la Colecovision arrive en fin de carrière, Coleco se base sur son hardware pour produire un micro-ordinateur qui lui est totalement compatible, l'Adam. Evidemment, Coleco se sert de Donkey Kong pour faire la démonstration des capacités de son ordinateur. La version étant strictement la même, il ne s'agit pas d'une adaptation micro-ordinateur du jeu. Comme tout cela se passe au moment même où Nintendo est en pourparlers avec Atari pour la distribution de la NES aux USA, les dirigeants d'Atari n'apprécient guère de voir un pur produit Nintendo faire les beaux jours de la concurrence, et se fâchent.
Il n'y aura pas, donc, d'alliance entre Nintendo et Atari (dont les intentions initiales vis-à-vis de la NES restent aussi à éclaircir : la promouvoir ou la saboter ?), et Nintendo attaque Coleco en justice pour rupture de contrat.
Lorsque l'on sait qu'au moment des faits, Atari est au plus bas et coûte deux millions de dollars par jour à son propriétaire, la Warner, et qu'une telle alliance aurait pu représenter une planche de salut, lorsque l'on sait encore que l'Adam a été un bide mémorable, et que Coleco a fait faillite peu après sa sortie, on ne peut s'empêcher de penser que toute cette affaire n'aura servi qu'à débarrasser Nintendo de toute concurrence, avec une facilité certainement inespérée pour Yamauchi.
En parallèle de ces considérations, c'est aussi en 1983 que le jeu d'arcade deux joueurs Mario Bros sort, et connaît un énorme succès qui va faire du plombier moustachu (il a laissé tomber les charpentes au profit de la plomberie, moins fatiguant et plus rentable) une des figures de proue de Nintendo, dans une politique marketing quelque peu inspirée de Disney, qui consiste à mettre en avant les produits maison, plutôt que les licences achetées à d'autres compagnies.
Mario Bros.
1984
Nintendo engrange plus d'argent que jamais. La Famicom se vend toujours très bien au Japon, où la sortie de nouveaux jeux est parfois vécue comme un évènement populaire national.
Le seul problème auquel la compagnie fait face est la taille insuffisante de son département de développement de jeux. Celui-ci se voit alors divisé trois groupes, dirigés respectivement par Gunpei Yokoi, Masayuki Uemura et Takeda Genyo qui recrutent le plus possible de techniciens et d'artistes. Toutefois, Yamauchi préfère que la qualité soit prioritaire sur la quantité, les bons jeux pouvant se vendre à plusieurs millions d'exemplaires. De lourdes sommes sont également investies dans la promotion et la publicité.
Côté arcade, Nintendo lance une ligne de jeux à deux écrans nommés VS. System, dont le premier titre est Donkey Kong 3, dont le manque de succès fera disparaître (temporairement) le grand singe des produits Nintendo, au profit des frères Mario, très populaires.
Donkey Kong 3
En 1984, les recettes des jeux vidéo dans le monde entier tombent à 2 milliards de dollars, soit presque deux fois moins que l'année précédente.
1985
Au CES de janvier, la sortie de la NES aux USA est officiellement annoncée. Elle sera accompagnée de la mise sur le marché de 25 jeux. La sortie est prévue pour le mois de septembre, mais sera repoussée aux fêtes de Noël. En décembre, elle est mise en test marketing sur la ville de New York, et se vend à 90000 exemplaires, ce qui semble présager d'un succès qui va se confirmer par la suite. Super Mario Bros sur Famicom sort au Japon et explose tous les records de vente, mais n'empêche pas le marché des jeux vidéo de continuer de s'effondrer, avec 800 millions de dollars de recettes pour l'année 85.
1986
Au début de l'année, après de fructueux essais de commercialisation locale pendant les fêtes de Noël, la NES est lancée dans tous les Etats-Unis, le nombre de jeux sortis simultanément se limitant finalement à 15. Rapidement, les ventes de la console deviennent dix fois supérieures à celles de tous ses concurrents réunis, et avant la fin de l'année, la sortie en Europe se fait, avec le même succès. C'est un fait, la NES est un succès que personne n'aurait pu prévoir, sauf les dirigeants de Nintendo.
Au Japon, le Famicom Disk System est lancé, permettant de jouer à des jeux stockés sur disquettes, support moins coûteux que la cartouche, mais qui facilite le piratage. Le Famicom Disk System sera donc rapidement abandonné, ainsi que toute velléité de la part de Nintendo d'utiliser autre chose que la cartouche comme support pour ces jeux, et ce pour longtemps.
Le jeu Metroid fait partie des quelques jeux à avoir été commercialisés sur disquette au Japon. Devant son insuccès, Nintendo le sortira dans le reste du monde en cartouche, et là, le succès sera au rendez-vous.
En 1986, les jeux vidéo ne rapportent que 100 millions de dollars dans le monde, chiffre catastrophique au regard des résultat de 82-83, mais pas pour Nintendo, qui a engrangé près de 90% de ces gains.
1987
La NES est au plus fort de son succès aux states, et le jeu Zelda 1 devient le premier jeu non livré avec une console à dépasser le million d'exemplaires vendus, au moment même où sort sa suite Zelda 2.
Gunpei Yokoi présente son nouveau prototype, la Game Boy, console portable à affichage LCD, et prédit qu'elle se vendra à 25 millions d'exemplaires en 3 ans. L'avenir lui donnera tort, puisque ce chiffre sera dépassé !
Cette même année, NEC lance la PC Engine, console infiniment plus puissante que la NES, mais à la ludothèque appauvrie en titres forts, ceux-ci étant trustés pas cette dernière.
Au rayon des attaques en justice, Nintendo s'en prend aux vidéo-clubs Blockbusters (les plus célèbres aux USA), qui loue des jeux pour NES s'en en avoir demandé l'autorisation.
Sega propose une alternative intéressante à la NES avec la Sega Master System, console légèrement plus puissante, mais qui souffre également d'un manque de titres forts, quoique les adaptations des jeux d'arcade de la firme lui donne un argument de poids. Aux USA, la SMS est écrasée par l'intouchable NES, mais en Europe et au Japon, Sega fait d'excellents résultats.
Grâce à ces succès divers, le marché des jeux vidéo remonte un peu la pente avec 430 millions de dollars de profits.
1988
Un magazine dédié à Nintendo fait son apparition aux USA, Nintendo Power, ainsi qu'un casque / joystick à reconnaissance vocale, le Hands Free Controller. La NES possède maintenant 70 titres dans sa ludothèque. Le jeu Super Mario Bros 2 sort en Europe et aux USA, et se vend à 10 millions d'exemplaires.
En URSS, un programmeur nommé Alexei Pazhitnov crée un jeu nommé Tetris qui va faire couler beaucoup d'encre. Ce jeu révolutionnaire de simplicité et d'attractivité va faire le tour de la planète, et rapporter beaucoup d'argent à beaucoup de monde, sauf à son auteur. Pour tout le monde, Tetris est un jeu soviétique, mais lorsqu'il s'agit de se partager l'argent, les choses sont beaucoup moins claires (voir l'article sur Tetris).
Nintendo finira par obtenir les droits d'exploitation de Tetris. Minoru Arakawa, président de Nintendo of America, imagine un lancement couplé de la Game Boy et de Tetris, et ce sera un autre énorme jackpot pour Nintendo, avec les 7 millions de cartouches NES vendues cette année-là.
Minoru Arakawa.
Le 12 décembre, Atari traîne Nintendo en justice pour exercice illégal d'un monopole sur le marché du jeu vidéo. De multiples actes de concurrences déloyale sont reprochés, au milieu desquels figure en bonne place le fameux label Nintendo. Le procès ne donnera rien, le juge déclarant Nintendo non coupable de tous les griefs mentionnés.
En 1988, le marché du jeu vidéo poursuit sa remontée avec 1,1 milliard de dollars de profit, dont 85% des parts reviennent à Nintendo. Aux USA et au Japon, un foyer sur trois possède une NES, soit deux fois plus que de magnétoscopes !
1989
La Game Boy est lancée au Japon, avec le jeu Tetris comme prévu, puis plus tard avec Super Mario Land. Les études montrent que Mario est à présent aussi connu que Mickey Mouse ou Bugs Bunny, et Nintendo Power est le magazine qui compte le plus d'abonnés au monde dans sa tranche d'âge.
La Game Boy.
On annonce le successeur de la Famicom, la Super Famicom (ou Super NES), une console qui est dans un premier temps censée être compatible avec les jeux de la NES.
Aux Etats-Unis, un film titré The Wizard sort sur les écrans, avec Fred Savage, Bean Bridges et Christian Slater. Le film raconte l'histoire d'un jeune garçon qui projette de participer à un championnat du monde de jeux Nintendo. Lors de la scène finale, à savoir le concours en question, les concurrents s'affrontent sur une nouvelle version de Super Mario, Super Mario Bros 3, qui est en fait une pré-version de la prochaine grande sortie sur NES. Cette habile opération promotionnelle va provoquer une énorme attente du jeu, dont le succès est dors et déjà assuré. Super Mario Bros 3 se vendra à plus de 18 millions d'exemplaires, rapportant plus de 500 millions de dollars.
Au milieu de ses concurrents, Nintendo fait de plus en plus figure de géant. NEC poursuit le lancement mondial de sa PC Engine, qui sort aux USA sous le nom de Turbo Grafx-16. Si la console se vend très bien au Japon, c'est un flop aux USA, et un succès très limité en Europe. La raison en est toujours le manque de jeux vedettes, même si peu à peu, son catalogue s'enrichit d'excellents titres. Atari, de son côté, sort la Lynx, une superbe console portable LCD couleur, nantie de superbes jeux, mais qui coûte beaucoup plus cher que la Game Boy, et ne parviendra pas à la détrôner.
Aux Etats-Unis, le label Nintendo et la main-mise de Nintendo sur les jeux NES commence à être fortement contesté. Atari sort des jeux NES, sous le label Tengen, sans l'accord de Nintendo. Ces jeux sont pour la plupart des licences de titres développés par Sega et Namco, ennemis jurés de Nintendo, comme Afterburner, Shinobi ou Alien Syndrome, ainsi que d'autres titres comme Klax, Ms Pac Man, Pac Man, RBI Baseball ou Hard Drivin', et se vendent très bien, ce qui met les dirigeants de Nintendo of America en rage.
Tetris : De tous les jeux Tengen pour NES, c'est celui-ci qui fait couler le plus d'encre.
Nintendo attaque Atari pour violation de patente, mais cette fois, se heurtera à la justice Américaine qui, comme chacun le sait (voir affaire Microsoft), déteste les monopoles.
Les revendeurs qui affichent des titres Tengen dans leur catalogue sont alors menacés de boycott par Nintendo. Atari contre attaque en justice, et gagne à nouveau, puis le jugement est retourné en appel, autorisant Nintendo à continuer à intimider les revendeurs, qui, dans la plupart des cas, se plient à ses exigences docilement, ne voulant pas perdre la manne financière que représentent les jeux NES.
Sega, de son côté, poursuit sa lente progression avec la Genesis (Mega Drive en Europe), qui sort aux USA, et ne manque pas de faire forte impression avec son authentique processeur 16-bits qui autorise des jeux d'un genre nouveau, et fait passer la NES pour une antiquité.
Cela n'empêche cette dernière de se vendre cette année là à 9 millions d'exemplaires (et 50 millions de cartouches), le marché des jeux vidéo ayant retrouvé sa plénitude avec 2.3 milliards de dollars engrangés.
1990 - 1997 : La deuxième génération
Un an après l'arrivée de la Genesis, Nintendo dévoile enfin la Super Famicom (Super NES), qui va, cette fois lutter contre une forte concurrence.
1990
La Super Famicom.
Le 21 novembre, la Super Famicom sort au Japon, et il faudra deux ans de plus pour que celle-ci connaisse une distribution mondiale. Au Japon, le succès est immédiat, toutes les unités fabriquées en vue de la sortie nationale étant vendues en 3 jours.
Le Nintendo World Championship, compétition imaginée par les scénaristes du film The Wizard, devient une réalité, avec la tenue de la première édition, qui a lieu dans 30 importantes villes Amréicaines. Les compétiteurs s'affrontent dans un triathlon jeux avec au menu Super Mario Bros 1, Rad Racer et Tetris.
La NES commence à connaître quelques difficultés à prendre systématiquement le dessus sur ses concurrents. Certains titres sortent directement sur Genesis, et Nintendo se voit obligé de mettre fin à sa politique de label Nintendo, qui lui vaut de plus une image de moins en en moins nette auprès du public.
Les attaques en justice fusent de toutes parts : Nintendo n'accepte pas que de petites compagnies se sucrent sur son dos en vendant des jeux NES ou des accessoires, comme le Game Genie, distribué par Galoob, une cartouche qui permet de tricher aux jeux NES, et dont Nintendo parviendra à faire cesser provisoirement la commercialisation aux USA.
Si la compagnie d'Hiroshi Yamauchi tient à ce point à protéger sa supériorité, c'est tout simplement parce que malgré les percée de la Genesis et de la PC Engine, Nintendo détient toujours 85 % des parts de marché. 7.5 millions de NES sont encore vendues cette année là, 70 millions de cartouches, et 3.2 millions de Game Boy. D'après un article lu dans la presse économique de l'époque, 70% des foyer Américains ayant des enfants entre 8 et 15 ans possèdent une de ces deux consoles, et 16% des dollars dépensés en jouets l'ont été en produits Nintendo. Le marché des jeux vidéo atteint lui en 1990 3.4 milliards de dollars de recettes.
1991
La Super NES (dans sa version récente relookée pour les US)
En Septembre, la Super NES sort dans le monde entier, les USA ayant un peu d'avance, qui ne compte pas puisque l'on trouve déjà depuis quelques mois la Super Famicom en Europe, en import, à un prix trois fois supérieur à celui de la sortie officielle (en plus, les jeux au standard Européen ne fonctionnent pas avec cette version : l'arnaque complète)
La console est fournie avec Super Mario World, et fait l'objet d'une campagne promotionnelle de 25 millions de dollars. La console connaît un démarrage difficile sur un marché occupé en partie par Sega, mais elle ne tarde pas, grâce à son hardware d'un très bon niveau (cette fois, Nintendo n'a pas joué petit bras comme avec la NES), aux possibilité insoupçonnées (les jeux sont d'une qualité toujours grandissante). C'est aussi cette année que Yoshi, le petit dragon qui assiste Mario dans ses différentes quêtes, devient une figure vedette de Nintendo. Quant à la Game Boy, à l'occasion de la sortie de Metroid 2, un de ses meilleurs jeux, elle est lancée aux Etats-Unis, et ne manque pas de connaître un fort succès.
A la fin de l'année, Nintendo autorise 53 compagnies à produire en toute indépendance des jeux pour ses consoles., ce qui n'empêche pas la compagnie d'être attaquée de toutes parts pour violation des lois anti-trust.
Au Canada, le Game Genie est finalement déclaré légal par un tribunal, la justice Américaine ne tardant pas à revenir aussi sur ses précédentes décisions. La " cartouche à tricher " pour NES revient sur les étalages..
On arrive alors à l'affaire du SNES CD-ROM.
Au départ, Nintendo veut commercialiser un lecteur de CD-ROM pour la Super NES. Dans un premier temps, la compagnie s'adresse à Sony, co-inventeur du support (avec Philips), qui se lance dans un projet nommé Super Nintendo Play Station. Au CES du Juin 91, le lecteur Play Station existe et est présenté, mais un désaccord se produit entre Sony et Nintendo. Un accord préalablement passé entre les deux compagnies stipule que si Sony devait fabriquer un nouveau support pour Nintendo, il aurait le contrôle total sur les jeux distribués l'utilisant. Un tel accord s'appliquant au Play Station, c'est inacceptable pour Nintendo, qui annule le projet.
De plus, Philips vient de lancer son CD-I, une console hybride multi-application utilisant le support CD-ROM, dont Nintendo entend pouvoir s'attribuer la logithèque en faisant fabriquer par Philips un lecteur compatible CD-I pour Super NES.
Nintendo décide finalement de s'associer avec Philips, et Sony se retrouve avec son projet Play Station quasiment terminé sur les bras.
Pour des raisons culturelles complexes, les compagnies Japonaises se poursuivent rarement entre elles, c'est un fait qu'il faut savoir pour comprendre pourquoi au lieu de traîner Nintendo devant les tribunaux pour rupture de contrat, Sony a préféré poursuivre le projet Play Station vers la création d'une console (bien lui a pris, du reste).
D'un point de vue chiffres, c'est en 1991 que Nintendo devient la première compagnie Japonaise en passant devant Toyota en terme de chiffre d'affaires, dépassant même Sony. Les profits de Nintendo of Japan atteignent pour l'année 1.5 million de dollars par employé, ce qui fait, pour seulement 850 employés 1.2 milliards de dollars, soit 79% des recettes totales du marché des jeux vidéo. Il est incroyable de noter que la NES, qui est pourtant complètement dépassée, s'est encore vendue à 2.7 millions d'exemplaires, ainsi que 28 millions de jeux. 7 millions de Game Boy viennent s'ajouter au chiffre, plus 25 millions de jeux Game Boy, et bien sûr la Super NES continue de monter, avec 4 millions de consoles vendues.
1992
En Juin, la SNES sort en Europe officiellement, ainsi que le Super Scope, la super NES Mouse, et le logiciel Mario Paint qui va avec. Le très attendu Zelda 3-A link to the Past (note personnelle : un jeu purement génial) fait un carton dès sa sortie. Nintendo of America produit les Portable Fun Centers, des ensembles de divertissement basés sur la Super NES à usage des enfants hospitalisés, dont bon nombre sont offerts gracieusement à la Starlight Foundation, une œuvre de charité Américaine.
Super Mario Land 2 et Zelda - A link to the past, sur Super NES.
Super Mario Land 2 sort, et met en scène pour la première fois Wario, le pendant maléfique de Mario. Un autre jeu fait un tabac, Super Mario Kart, un jeu de course de voiture très fun qui sera le jeu le plus vendu de l'histoire de la Super NES.
Gunpei Yokoi et son équipe se mettent à l'étude d'une nouvelle console, la Virtual Boy, basée sur l'usage d'un casque virtuel. Une fois de plus, Yokoi transcende par son inventivité le simple concept d'une console branchée sur une télévision, mais cette fois, il va se tromper, la Virtual Boy se classant parmi les échecs de Nintendo.
Des compagnies prestigieuses comme Electronic Arts, Lucas Arts, et même Disney signent des accords juteux avec Nintendo, qui devient plus important qu'Apple et même IBM.
Le président Hiroshiu Yamauchi, fou de base-ball, s'offre 60 % des actions des Seattle Mariners, et raconte même dans une interview qu'il pense à déménager les quartiers généraux de Nintendo du Japon vers Seattle, pour suivre les résultats de ses poulains. En Juin, Yamauchi achète totalement les Seattle Mariners, qui deviennent la première équipe de base-ball Américaine possédée par un non-Américain.
Philips et Nintendo annoncent la sortie du Super NES CD-ROM pour Noël, mais un peu plus tard, repousse cette sortie à début 1993. Entre temps, Sega sort le Mega CD, un CD-ROM pour Genesis, qui ne rencontre pas le succès escompté.
En Août sort le Super FX chip, une extension incluse dans des cartouches de jeux qui augmente la puissance de la Super NES, et lui permet d'ajouter des jeux en 3d, devenus incontournables, à son catalogue. Le Super NES CD doit inclure cette extension pour que les jeux sur CD en profitent, ce qui retarde encore sa sortie.
Fin 1992, Nintendo possède 90% des parts du marché des jeux vidéo au Japon, et 75% pour le monde entier, pour des profits dépassant le milliard de dollars.
1993
Nintendo continue de promouvoir le chip Super FX, avec le jeu Star Fox (Star Wing en Europe), qui est une date importante dans la ludothèque de la Super NES.
Nintendo annonce par ailleurs l'étude d'une console 64-bits, conçue avec l'aide de Silicon Graphics, sous le nom de projet de Project Reality. La machine doit utiliser un processeur 64-bits RISC cadencé à 100 Mhz, et elle doit sortir fin 1995, l'accent étant mis sur les jeux en 3d.
La NES refait en attendant une apparition, vendue à bas prix accompagnée des jeux Final Fantasy 1&2, et se vend à 1 millions d'exemplaires.
Le quatrième volet de Legend of Zelda, Links Awakening, sort sur Game Boy, ainsi que Super Wario Land. A propos de Mario, le 28 Mai voit la sortie de Super Mario Bros-The Movie, avec Bob Hoskins dans le rôle du plombier moustachu. Le film, bien qu'affichant des effets spéciaux numériques excellents, est de l'avis général un échec artistique, ne fait que peu de recettes, et va amorcer le désintéressement global d'Hollywood pour les jeux vidéo, qui n'ont dans l'ensemble engendré que des navets (doublés de bides commerciaux) lors de leur portage à l'écran (Street Fighter, Mortal Kombat).
En parlant de Mortal Kombat, une très bonne adaptation du jeu sort sur Super NES, mais contrairement à la version Genesis, le sang et la violence y ont été très édulcorés, voire supprimés, à la demande de Nintendo, ce qui fait le jeu de Sega, qui travaille son image adulte et alternative.
Mortal Kombat sur Super NES.
Début 93, Nintendo et Philips annoncent de nouvelles spécificités pour le SNES CD, et on parle de versions CD de Street Fighter 2 et de Zelda. La date de sortie de l'appareil a été encore repoussée à l'Automne, et le prix fixé à 200 $.
Un peu plus tard, la sortie est à nouveau repoussée à début 94, et les fans commencent à s'impatienter sévèrement. Pour les calmer, de nouveaux jeux Super FX sortent comme Stunt Race FX, ou Super Mario All Stars.
Fin 93, Nintendo détient toujours 75 à 80 % des parts de marché.
1994
Cette année est une grande année pour Nintendo. Le Super Game Boy sort, qui permet de jouer à des jeux Game Boy sur une Super NES en profitant d'un affichage couleurs sur un écran de télévision, et Nintendo commercialise auprès des compagnies aériennes le Nintendo Gateway System, un dispositif permettant de jouer à des jeux Game Boy incorporés aux sièges des avions de ligne. C'est aussi cette année que Nintendo fête sa milliardième cartouche vendue (toutes consoles confondues). Nintendo annonce que le projet Reality n'utilisera pas, comme tout le monde le pensait, des CD, mais des cartouches. La nouvelle surprend beaucoup la presse spécialisée, qui ne croit pas que la console pourra faire face au succès foudroyant de la Playstation, d'autant plus que le support cartouche fera flamber le prix des jeux. La console est renommé Nintendo Ultra 64. De nouveaux jeux évènementiels sortent sur Super NES. Super Metroid, et surtout Donkey Kong Country, un jeu exceptionnel à plus d'un titre. Tout d'abord, il marque le grand retour sur le devant de la scène de Donkey Kong et Donkey Kong Junior, après des années de disgrâce. Ensuite, le jeu est une prouesse technique qui rend perplexe sur les capacités de la Super NES, qui semblent s'accroître à chaque jeu : Graphismes en pseudo 3d (les personnages ont été conçus sur des stations Silicon Graphics, et convertis en bitmap) stupéfiants, animations démente, bande sonore égalant les meilleurs instruments MIDI, durée de vie gigantesque, et jouabilité parfaite, même si à la base c'est un jeu de plate-forme en 2d de facture classique. C'est avec ses deux suites le meilleur jeu jamais sorti sur Super NES, le but étant de montrer que la Super NES, bien que n'étant pas une console 32-bits (comme ses nouvelles concurrentes Playstation et Saturn) n'est pas dépassée pour autant, surtout que de nouveaux jeux Super FX (en 3d) sortent, et on annonce même le Super FX 2 qui va deux fois plus vite.
Pendant ce temps, la Virtual Boy, nouvelle console de " réalité virtuelle " signée Gunpei Yokoi, est présentée au salon Shoshinkai (salon annuel de démonstration des nouveaux produits Nintendo), et ne fait pas l'unanimité. La presse la descend, et y voit une tentative de la part de Nintendo d'attirer l'attention en attendant d'être en mesure de sortir l'Ultra 64, à une époque où tout le monde n'a d'yeux que pour la Playstation. Les jeux montrés sont jugés sans intérêt, et le projet est saboté avant même de sortir.
Fin 94, le dernier jeu à sortir sur NES s'intitule Wario's Woods. Nintendo of America chage de président, au profit d'Howard Lincoln.
1995
Nintendo et Silicon Graphics annoncent que l'Ultra 64 est prête et sortira dans le monde entier simultanément en Avril 96. En Octobre, la machine est renommée Nintendo 64, et on commence à en voir les premières photos, avec un joypad révolutionnaire équipé d'un petit joystick analogiques qui semblent ouvrir de nouvelles perspectives. Les spécifications techniques de la console (processeur, RAM, résolutions graphiques) sont étonnamment basses, mais Nintendo promet du jamais vu pour les jeux.
La première mondiale de la Nintendo 64 a lieu au salon Shoshinkai, où 13 jeux sont mis en démonstration, parmi lesquels Super Mario 64, Star Fox 64, Mario Kart 64, qui sont autant de jeux totalement en 3d, présentant des animations superbes et des graphismes 3d supérieurs à ce que l'on peut voir dans les jeux Playstation, mais ne remettent pas fondamentalement en cause les principes de jouabilité et de conception artistique des séries de jeux auxquels ils font suite. La console, par contre, affiche un look futuriste noir qui tranche avec les précédents produits de Nintendo.
Comme prévu, la console utilise des cartouches, mais Yamauchi annonce dans son discours annuel qu'un lecteur de CD-ROM sortira très prochainement. Rare Soft, la compagnie derrière le développement de la série des Donkey Kong Country, est rachetée par Nintendo, devenant la première compagnie de développement de jeux non Japonaise à l'être. Les deuxièmes et troisièmes volets de Donkey Kong Country sortent cette année de leurs laboratoires, ainsi que Killer Instinct, et sont autant de jeux parfaitement réalisés (avec d'énormes moyens), et d'un fun imparable. Par ailleurs, Donkey Kong Country est adapté sur Game Boy, dans une version stupéfiante de qualité.
Super Mario Land 2 - Yoshi's Island, utilisant le Super FX 2, sort sur Super NES, ainsi Comanche, un simulateur d'hélicoptère. Certains succès du PC sont adaptés sur Super NES, parfois avec une fidélité qui surprend compte tenu de la différence de puissance énorme entre les deux systèmes. Le 21 Juin, la Virtual Boy est finalement lancée au Japon, mais ne se vend guère, comme on pouvait le craindre, malgré la sortie de quelques bons jeux. Il s'agit du plus gros échec de Nintendo, qui aboutira au départ de Gunpei Yokoi, même si celui-ci s'en défend.
1996
Le 1er Février, Nintendo annonce que sa nouvelle console 64-bits s'appellera Nintendo 64 dans le monde entier, et que la sortie US est fixée au 30 Septembre. Le 10 Septembre se produit un événement qui n'est pas d'une importance capitale, mais reflète bien l'évolution du marché des consoles dans la deuxième moitié des années 90 : La société Square Soft, créatrice de la série Final Fantasy, met fin à son association avec Nintendo, et s'allie avec Sony. Ainsi, c'est sur Playstation que sortiront les prochains volets de cette série qui comptait parmi les atouts majeurs des consoles Nintendo. La raison invoquée est technique : Le support sur CD, plus généreux en Mo, convient mieux à ce genre de jeux, dont le 7e épisode sera entièrement en 3d et bourré de séquences cinématiques. En réalité, il y a fort à parier que Square Soft, comme presque tout le monde, ne croit pas que la Nintendo 64, malgré sa légère supériorité technique, ne pourra détrôner la Playstation. Pour la première fois, la nouvelle console de Nintendo sort au Japon quelques mois après la sortie aux USA, ceci étant dû à une volonté de créer un effet d'attente. Le résultat est là et bien là : A sa sortie, la N64 se vend à 500 000 exemplaires rien que le premier jour, et connaît un succès foudroyant, du moins au Japon.
La Super NES continue pendant ce temps d'être alimentée en bons titres, avec Super Mario RPG et Donkey Kong Country 3. La Game Boy, elle, connaît sa propre version du Tamagotchi, la nouvelle coqueluche des enfants, ainsi qu'une nouvelle sortite dans une forme au format réduit, nantie d'un affichage amélioré, sous le nom de Game Boy Pocket, qui marche très fort et relance la production de jeux pour la mini-console de Nintendo.
Malgré ce succès, Gunpei Yokoi quitte Nintendo le 15 Août, quelques semaines seulement après la sortie de la Game Boy Pocket, après 30 années passées chez Nintendo à battre en brèche les préjugés et inventer des jeux dont tout le monde parle des années après leur sortie, dans un marché où tout est si éphémère.
1997
Le 1er Mars, la N64 sort en Europe, au moment même où un jeu apparemment anodin sort sur Game Boy : Pocket Monsters, qui va connaître un succès foudroyant, se vendant deux fois plus que Final Fantasy VII sur Playstation. La Game Boy revient sur le devant de la scène, et nuit à la percée de la N64, surtout en Europe. En revanche, aux USA, c'est un triomphe. Il faudra attendre la Dreamcast deux ans plus tard pour qu'une console connaisse un démarrage aussi foudroyant outre-atlantique. Nintendo ne laisse pas pour autant tomber la Super NES, dont les jeux sont enfin vendu à un prix décent, et pour laquelle de nouveaux titres sortent sans cesse. A Noël, les publicités pour les nouveaux jeux Super NES semblent même plus nombreuses que pour ceux de sa grande sœur. Du côté de la concurrence, les choses vont mal pour Sega et la Saturn, et de mieux en mieux pour Sony, qui arbore une nouvelle mascotte pour sa console : Crash Bandicoot, qui vole la vedette à Sonic.
Le 4 Octobre, Gunpei Yokoi meurt dans un accident de circulation, à l'âge de 57 ans, et avec lui c'est toute une part de l'esprit Nintendo qui s'en va.
Le titre responsable du succès de la N64 est, de l'avis général, Super Mario 64, version 3d des aventures du héros made in Nintendo, qui se vend à autant d'exemplaires que la console (avec laquelle aucun jeu n'est fourni, ce qui est la nouvelle donne des consoles)
Le lancement réussi de la N64 prouve de manière éclatante qu'en dépit des rumeurs, Nintendo possède toujours la reconnaissance suffisante pour assurer le succès de ses produits, aussi peu supérieurs à ceux de la concurrence soient-ils. Cela dit, la Playstation est, dans l'esprit de tout le monde, LA console de troisième génération, et Nintendo ne parvient pas, avec sa stratégie habituelle et ses valeurs sûres à renverser la vapeur. La N64, malgré son hardware excellent, est très desservie par le choix du support sur cartouche, et ses jeux qui excèdent rarement les 32 Mo de données, alors que la Playstation en jète avec ses superproductions qui tiennent sur plusieurs CD de 600 Mo chacun. De plus, les jeux N64 ne sortent au même rythme effréné que les jeux NES et Super NES autrefois, en raison de leur complexité de réalisation, et Nintendo n'a pas l'attrait de la nouveauté que propose Sony, qui excelle dans le façonnement de l'image branchée de la Playstation. Le problème est que Sony prend beaucoup de risques, là où Nintendo joue encore et toujours les mêmes cartes : Mario, Castlevania, Pilotwings, Starfox. Même Goldeneye, superbe FPS qui sort des sentiers battus, s'avère résulter d'un calcul financier basé sur l'achat d'une licence à succès : James Bond.
Au milieu de l'année, le prix de la Playstation est revu à la baisse, et Nintendo se voit contraint de suivre le mouvement.
1998
Tout au long de l'année, Sony tient le haut du pavé, et Nintendo se contente d'un succès indéniable, mais standard, pour ses produits. Le marché des jeux vidéo est redevenu l'usine à milliards de dollars qu'il était, mais Nintendo ne détient maintenant que la moitié des parts. A la fin de l'année, le géant Japonais revient un peu sur le devant de la scène avec de nouveaux produits excitants : The Legend of Zelda - Ocarina of time, le jeu le plus attendu de l'histoire de " Big N ", que tout le monde salue comme un chef-d'œuvre. Shigeru Miyamoto, l'homme derrière la saga, montre qu'il est toujours un génie du jeu vidéo, et 2 millions d'exemplaires sont vendus entre le 23 Novembre et le 31 décembre. Rare continue sur sa lancée avec Banjo-Kazzoie, aussi sur N64, un jeu de plate-forme en 3d.
La Game Boy fait un énorme come-back en fin d'année, grâce à la Game Boy Camera, et une version très attendue des fans de la console avec un écran couleur : la Game Boy Color, qui maintient la compatibilité descendante avec l'ancienne version, et sort en même temps que des versions couleurs de Metroid 2 et Zelda.
Mais tout ceci n'est que bavardage : l'événement de l'année, pour Nintendo, est le début du phénomène Pokemon. En Septembre, deux versions du jeu (la bleue et la rouge) sortent sur Game Boy Color, et c'est le début de l'ère de ces petites créatures, qui vont enfoncer complètement toutes les vedettes de l'écurie Nintendo en terme d'argent rapporté. Comme il s'agit d'un phénomène sociologique qui ne relève pas vraiment de l'histoire des jeux vidéo, ne nous étendons pas sur le sujet.
1999
Cette année est, pour Nintendo, placée sous le signes de Pokemon, qui éclipsent quasiment tout le reste. Nintendo continue son partenariat avec Rare, qui développe Jet Force Gemini et Donkey Kong 64. " Big N ", à qui aucun bon coup n'échappe, obtient également la licence de Star Wars Episode I Racer pour une adaptation N64. Les jeux développés ailleurs que chez Nintendo sont toujours aussi rares, Resident Evil 2 de Capcom faisant figure d'exception. Il faut dire qu'entre temps, la Dreamcast est sortie et, grâce à son hardware excellent et les tergiversations de Sony quant au lancement de la Playstation 2, fait un malheur qui remet Sega en selle après l'échec de la Saturn. Nintendo annonce sa nouvelle console, appelée Dolphin. Elle utilisera un processeur IBM cadencé à 400 Mhz, et le support DVD. Une nouvelle console portable est aussi annoncée, la Game Boy Advance, qui, nous dit on, proposera des jeux supérieurs à ceux de la Super NES, avec un processeur 32-bits, un affichage LCD couleur de haute qualité, et un encombrement à peine supérieur à celui de la Game Boy Color, pour moins de 1000f. De quoi vous mettre l'eau à la bouche, mais ces projets sont encore loin d'aboutir.
2000
On sait déjà que la Dolphin s'appellera finalement la Game Cube, en raison de son design inspiré des travaux d'Apple sur le Mac, et on est plus aussi certain qu'elle utilisera le DVD, qui a du mal à percer au Japon (Sony a longtemps hésité à sortir la Playstation 2 à cause de ce problème). Quant à la N64, , bien qu'étant fortement soutenue pour Noël 2000 avec un nouveau volet de Zelda et Donkey Kong 64, elle arrive en fin d'une carrière honorable sans plus (elle n'est jamais passée devant la Playstation), et Nintendo n'a rien trouvé de mieux, pour bien l'humilier et lui faire comprendre qu'elle n'a pas fait son travail, que de la brader, déguisée en Pikachu ! Triste fin pour la première console 64-bits digne de ce nom. La Game Boy Advance va bientôt sortir, et des rumeurs dise,t qu'elle pourrait profiter de toute la ludothèque de la Super NES, histoire d'asseoir un peu plus ce qui s'annonce comme un inévitable succès. Quant au " sensei " Hiroshi Yamauchi, il a annoncé, à 70 ans, qu'il prendrait sa retraite en 2001. On parle de Minoru Arakawa, le président de Nintendo of America, pour le remplacer.
Conclusion...
Nintendo peut facilement être comparé à Disney, les deux compagnies ayant une politique commerciale comparable. Il s'agit avant tout de préserver une image de marque, après l'avoir, par un travail de longue haleine, imposé auprès du public comme un label de qualité. Nintendo vit sur son passé, c'est indéniable. Pas une console munie du fameux " N " n'est lancée sans l'adjonction des Mario, Yoshi et autres, auxquels viendront désormais s'ajouter les Pokemon. Tout le monde regarde ces produits aseptisés et politiquement corrects avec une certaine condescendance, mais à l'instar des Mickey et autre Dingo, chacune de leurs apparitions se solde par un triomphe. La magie de Nintendo ne se résume pas autrement que par ce paradoxe.
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